À Raiatea, l’association agit depuis près de vingt ans pour protéger une fleur unique au monde et restaurer le patrimoine naturel dont elle dépend.
Sur les hauteurs de Raiatea, les plateaux Te Mehani abritent une biodiversité exceptionnelle. Le Tiare ‘apetahi, dont le nom scientifique actuel est Sclerotheca raiateensis, en est l’espèce la plus emblématique. Sa fleur blanche à la forme singulière, les récits qui lui sont associés et son aire de répartition extrêmement limitée en ont fait l’un des symboles naturels les plus précieux de l’île.
Cette notoriété ne doit cependant pas masquer sa grande fragilité. Le Tiare ‘apetahi est considéré comme une espèce en danger critique d’extinction. Sa survie dépend d’un milieu d’altitude très particulier, soumis à la progression des plantes exotiques envahissantes, aux dommages causés par certains animaux introduits, aux maladies et aux perturbations liées à la fréquentation humaine.
La protection de cette fleur ne peut donc pas se limiter à la surveillance de quelques plants. Elle suppose de préserver l’ensemble de son habitat, de restaurer la végétation originelle et de maintenir l’équilibre écologique des plateaux qui l’accueillent.

C’est dans cette perspective que l’association TUIHANA intervient depuis près de vingt ans.
Une association profondément enracinée à Raiatea
Créée en 2005 et basée à Uturoa, TUIHANA agit pour la sauvegarde du patrimoine naturel, culturel et cultuel de Raiatea et des Îles Sous-le-Vent. Dès 2006, l’association a engagé des programmes d’étude et de lutte contre les plantes envahissantes du plateau Te Mehani rahi.
Son action s’est progressivement structurée autour de plusieurs missions complémentaires : restauration écologique, contrôle des espèces exotiques envahissantes, recensement des plantes protégées, participation aux inventaires scientifiques, sensibilisation du public et valorisation des patrimoines culturels et archéologiques.
Au fil des années, TUIHANA a ainsi contribué à des missions botaniques, entomologiques, malacologiques et archéologiques. L’association a également participé au projet ayant conduit au classement de la réserve naturelle du Te Mehani ‘ute‘ute en mars 2010.
Cette continuité entre protection de la nature et préservation de la mémoire locale donne toute sa cohérence à son engagement. Le Tiare ‘apetahi n’est pas seulement une espèce botanique rare. Il appartient à un territoire, à des récits, à des pratiques et à une histoire transmise entre les générations.
Les plateaux Te Mehani, un patrimoine naturel exceptionnel
Les plateaux Te Mehani représentent moins de 2 % de la surface de Raiatea, mais ils accueillent plus de la moitié de la flore indigène de l’île. Le dossier du projet BESTlife2030 y recense 194 plantes indigènes ou endémiques, dont 65 sont endémiques de Polynésie française.

Cette richesse s’accompagne d’une vulnérabilité particulièrement forte. Parmi les plantes endémiques présentes sur les plateaux, 51 % sont menacées d’extinction. La dégradation de leur habitat est principalement liée à la progression de douze plantes exotiques envahissantes reconnues comme menaçant la biodiversité en Polynésie française.
Le plateau Te Mehani rahi, le plus vaste et le plus accessible, est également le plus dégradé. Une grande partie de sa surface est désormais occupée par plusieurs espèces envahissantes, notamment le feijoa, le goyavier de Chine et le cocoplum. Dans les secteurs les plus élevés, certaines zones restent toutefois relativement préservées et peuvent encore être restaurées par des interventions manuelles ciblées.
La protection de ces espaces est également essentielle pour les habitants de Raiatea. En raison de leur nature géologique et des conditions climatiques qui y règnent, les plateaux abritent plusieurs sources d’eau douce alimentant le nord de l’île. La végétation naturelle contribue à stabiliser les sols, à limiter leur érosion et à préserver la qualité des bassins versants.
Restaurer l’habitat du Tiare ‘apetahi
La protection du Tiare ‘apetahi commence par la restauration de son environnement. Sur le plateau Te Mehani rahi, les plantes exotiques envahissantes occupent progressivement l’espace, concurrencent les espèces locales et modifient la structure de la végétation.
Leur élimination demande un travail particulièrement exigeant. Elle ne peut pas reposer sur une seule campagne d’arrachage, car les graines déjà présentes dans les sols peuvent produire de nouveaux plants pendant plusieurs années. Les zones restaurées doivent donc être régulièrement contrôlées afin d’empêcher les espèces envahissantes de se réinstaller.
Depuis 2018, TUIHANA a développé une méthode de restauration fondée sur l’arrachage manuel et le dessouchage. Cette approche permet d’intervenir avec précision dans un milieu où les sols sont fragiles et où de nombreuses plantes protégées restent difficiles à repérer.


Avec le soutien du programme européen BEST 2.0, l’association a d’abord restauré 9,5 hectares de petits bassins versants situés entre 530 et 780 mètres d’altitude. Les financements de l’Office français de la biodiversité ont ensuite permis d’étendre la zone gérée à 25,4 hectares entre 2020 et 2023.
Au cours de ces opérations, une équipe de deux techniciens à mi-temps a arraché manuellement près de 23 000 plants reproducteurs et environ 300 000 plants stériles, appartenant à huit espèces végétales déclarées nuisibles à la biodiversité polynésienne.
Ces chiffres traduisent l’ampleur d’un travail peu visible depuis les zones habitées, mais indispensable au maintien de la biodiversité du plateau.
Des zones restaurées qui abritent une flore remarquable
Les 25,4 hectares restaurés entre 2018 et 2023 abritent huit espèces végétales protégées, représentant près d’un millier d’individus recensés.
Vingt-quatre autres plantes menacées d’extinction sont également présentes dans les secteurs contrôlés. Parmi elles, dix-huit sont strictement endémiques des plateaux Te Mehani. Leur survie dépend donc entièrement de la conservation de cet espace naturel particulièrement restreint.
Ces résultats montrent que les actions conduites par TUIHANA dépassent largement la seule sauvegarde du Tiare ‘apetahi. En restaurant son habitat, l’association protège simultanément un ensemble d’espèces végétales rares, parfois méconnues du grand public, mais tout aussi irremplaçables.
Un nouveau projet de restauration pour 2025 et 2026
Le projet BESTlife2030 – CN-1204, porté par TUIHANA sur deux années, marque une nouvelle étape dans ce travail de restauration.
Il prévoit d’intervenir sur une zone supplémentaire de 10,4 hectares, située entre 500 et 600 mètres d’altitude dans la partie supérieure du bassin versant du Bain de la Reine. Cette zone figure parmi les secteurs les moins dégradés du plateau Te Mehani rahi, mais elle commence à être colonisée par les plantes envahissantes.
L’objectif est d’agir avant que leur progression ne rende la restauration beaucoup plus difficile. Le projet prévoit également de contrôler une partie des 25,4 hectares déjà gérés depuis 2018 afin d’arracher les jeunes plants réapparus et les rejets produits par certaines souches.
Deux techniciens spécialisés travailleront à mi-temps pendant les deux années du projet. Déjà formés à la flore du plateau et aux techniques de lutte contre les espèces envahissantes, ils camperont régulièrement en altitude afin d’intervenir directement sur les zones concernées.
Le contrôle sera réalisé exclusivement par arrachage manuel et par dessouchage à la barre à mine. Aucun procédé lourd n’est envisagé, afin de limiter les dommages causés à la végétation, aux sols et aux plantes patrimoniales présentes à proximité.
Associer le travail de terrain au suivi scientifique
La restauration écologique conduite par TUIHANA s’appuie sur une observation précise du milieu. Avant et pendant les opérations, des botanistes réaliseront un inventaire de la flore et de la végétation des bassins versants concernés.
Les plantes patrimoniales, protégées ou particulièrement fragiles seront cartographiées et temporairement balisées afin de les rendre plus visibles aux équipes chargées de l’arrachage. Les zones occupées par les plantes envahissantes seront également enregistrées à l’aide de relevés GPS.
Une nouvelle placette permanente sera mise en place pour suivre l’évolution de la végétation sur le long terme. Ce dispositif permettra de mesurer l’efficacité des interventions, d’évaluer le rythme de retour des plantes envahissantes et de mieux planifier les futurs contrôles.
Le projet prévoit aussi d’observer les éventuels dommages collatéraux provoqués par les déplacements, le piétinement, le dessouchage et l’accumulation temporaire des déchets végétaux. Ces précautions sont nécessaires, car les sols des plateaux Te Mehani sont particulièrement sensibles à l’érosion.
Aucune plantation systématique d’espèces indigènes n’est prévue. Les observations réalisées lors des précédents projets montrent que la végétation du plateau peut progressivement se reconstituer par elle-même, à condition que les espèces envahissantes soient régulièrement éliminées et que les zones travaillées disposent du temps nécessaire pour cicatriser.
Protéger sans dégrader
La restauration d’un environnement aussi fragile exige une méthode rigoureuse. Les équipes interviennent par petits groupes et organisent leurs déplacements de manière à éviter les passages répétés au même endroit.
La zone d’étude est divisée à l’aide d’un quadrillage GPS afin de planifier les travaux et de limiter le piétinement. Les inventaires botaniques sont réalisés en parallèle des premières opérations de contrôle pour éviter de multiplier les déplacements.

Une attention particulière est également portée au risque d’introduction accidentelle de nouvelles plantes. Avant chaque montée, les vêtements et le matériel sont contrôlés afin de retirer les graines susceptibles d’être transportées jusqu’au plateau. Des inventaires réguliers sont aussi réalisés autour des zones de campement et des lieux de vie utilisés par les équipes.
Ces protocoles illustrent la complexité de la restauration écologique. Il ne suffit pas de retirer une plante envahissante : chaque intervention doit être pensée pour éviter de créer une nouvelle dégradation.
Sensibiliser pour inscrire la protection dans la durée
Le travail de TUIHANA ne s’arrête pas aux opérations menées sur le plateau. L’association organise régulièrement des rencontres, des expositions, des conférences publiques et des ateliers pédagogiques destinés aux habitants, aux scolaires, aux décideurs et aux visiteurs.
La Semaine du Tiare ‘apetahi, organisée chaque année à la fin du mois d’avril, constitue l’un des temps forts de cette mobilisation. Elle permet de présenter les projets en cours, d’expliquer les menaces qui pèsent sur les plateaux et de rappeler les comportements indispensables à la protection de la fleur.
Les visiteurs sont notamment invités à rester sur les sentiers, à maintenir une certaine distance avec les plants, à ne pas toucher les fleurs ou les rameaux et à ne rien prélever.
Ces précautions peuvent sembler simples, mais elles sont déterminantes pour une espèce dont les populations sont peu nombreuses et dont le développement demande plusieurs années. La fascination exercée par le Tiare ‘apetahi peut devenir une menace lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une compréhension de sa fragilité.
Les actions conduites auprès des établissements scolaires jouent également un rôle essentiel. Elles permettent aux jeunes générations de mieux connaître leur patrimoine naturel et de comprendre que sa préservation dépend de comportements individuels autant que de programmes scientifiques.
Préserver une fleur, un territoire et une mémoire
À travers ses campagnes de restauration, ses inventaires scientifiques, son action contre les plantes envahissantes et ses activités de sensibilisation, TUIHANA démontre le rôle indispensable des associations locales dans la protection de la biodiversité polynésienne.
Sa connaissance du terrain, la continuité de son engagement et sa capacité à réunir techniciens, scientifiques, institutions, habitants et établissements scolaires donnent à son action une portée qui dépasse la seule conservation botanique.
Le Tiare ‘apetahi appartient à un écosystème, mais aussi à l’histoire et à l’identité de Raiatea. Le préserver revient à protéger simultanément une fleur unique au monde, les nombreuses espèces qui partagent son habitat, les ressources naturelles du plateau et une part irremplaçable de la mémoire de l’île.
Depuis près de vingt ans, TUIHANA accomplit ce travail avec une approche fondée sur la connaissance, la patience et la présence régulière sur le terrain. Une action discrète, exigeante et essentielle pour permettre aux générations futures de continuer à découvrir le Tiare ‘apetahi dans son environnement naturel.
Pour Noa Noa Pearls & Gems, dont plusieurs créations s’inspirent de la silhouette et de l’histoire de l’Apetahi, mettre en lumière le travail de TUIHANA est aussi une manière de rappeler que cette fleur ne peut pas être réduite à un simple motif esthétique. Derrière chaque représentation de l’Apetahi existe un patrimoine vivant, fragile, défendu avec constance par des femmes et des hommes engagés sur le terrain.
Petit dictionnaire
Quelques définitions pour mieux comprendre les actions menées par l’association TUIHANA et les enjeux liés à la préservation des plateaux Te Mehani.
- Tiare ‘apetahi
- Fleur emblématique de Raiatea, présente naturellement sur les plateaux Te Mehani. Son nom scientifique actuel est Sclerotheca raiateensis. Son aire de répartition très limitée et les nombreuses pressions exercées sur son habitat en font une espèce particulièrement vulnérable.
- Plateaux Te Mehani
- Plateaux d’altitude situés sur l’île de Raiatea. Malgré leur faible superficie, ils accueillent une part majeure de la flore indigène de l’île ainsi qu’un grand nombre d’espèces endémiques et menacées.
- Espèce endémique
- Espèce naturellement présente dans une zone géographique limitée et que l’on ne retrouve à l’état naturel nulle part ailleurs. Certaines plantes sont ainsi strictement endémiques de Raiatea ou des plateaux Te Mehani.
- Espèce exotique envahissante
- Espèce introduite en dehors de son aire naturelle qui se développe rapidement et perturbe les écosystèmes locaux. Sur le plateau Te Mehani rahi, le feijoa, le goyavier de Chine et le cocoplum figurent parmi les principales plantes contrôlées par TUIHANA.
- Restauration écologique
- Ensemble d’actions destinées à permettre à un milieu naturel dégradé de retrouver progressivement son équilibre. Dans le cadre des actions de TUIHANA, elle repose notamment sur l’arrachage manuel des plantes envahissantes et le suivi de la végétation indigène.
- Bassin versant
- Territoire naturel dans lequel les eaux de pluie s’écoulent vers un même cours d’eau, une source ou une zone de collecte. Les plateaux Te Mehani jouent un rôle important dans la préservation des sols et des ressources en eau douce de Raiatea.
- Placette permanente
- Zone précisément délimitée et suivie sur plusieurs années afin d’observer l’évolution de la végétation, le retour éventuel des plantes envahissantes et les effets des opérations de restauration.
- Biodiversité
- Ensemble des espèces vivantes, des milieux naturels et des relations qui les unissent. La protection du Tiare ‘apetahi implique donc aussi celle des autres plantes, des sols, des bassins versants et de l’ensemble de son habitat naturel.
- DIREN
- Direction de l’environnement de la Polynésie française. Elle participe aux actions de connaissance, de réglementation et de conservation de la biodiversité, notamment sur les plateaux Te Mehani.
- BESTlife2030
- Programme européen destiné à soutenir des projets de conservation et de restauration de la biodiversité dans les régions ultrapériphériques et les pays et territoires d’outre-mer. Le projet porté par TUIHANA en 2025 et 2026 concerne la restauration d’une nouvelle zone du plateau Te Mehani rahi.
Pour aller plus loin :
Association TUIHANA — page Facebook
https://www.facebook.com/tuihana.org
Projet BESTlife2030 – CN-1204, « Restauration écologique d’une nouvelle zone du plateau Te Mehani rahi » — Association TUIHANA, 2025-2026
Projet BESTlife2030 – TUIHANA 2025-2026.docx
Conservatoire botanique national de Brest — préserver une fleur unique de Polynésie
https://www.cbnbrest.fr/flux-actualites/785-sclerotheca-raiateensis-preserver-une-fleur-unique-de-polynesie
Direction de l’environnement de la Polynésie française — document consacré aux menaces pesant sur le Tiare ‘apetahi
https://www.service-public.pf/diren/wp-content/uploads/sites/17/2019/05/2011-tiare_apetahi_menace_extinction.pdf
Te Ora Naho — présentation de l’association TUIHANA
https://www.teoranaho-fape.org/associations/tuihana
@Photos : Association Tuihana